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Je pourrais me définir comme une exploratrice. Dessin, peinture, vernis, photographie, et le bois, bien sûr, qui m’a poussée à explorer encore plus car je pouvais y intégrer toute sorte de matériaux et me livrer à des expériences sans fin : installations, performances, etc. La photographie était présente déjà dans beaucoup de mes œuvres. J’ai toujours travaillé avec des thèmes et je continue à fonctionner de la sorte. La photographie et le traitement de celle-ci par des logiciels ont fait de moi une photographe plasticienne.

Mon déménagement à Chartres m’a donné envie de revenir aux matières, au toucher, aux pièces uniques ; envie de me renouveler, d’explorer, d’éprouver d’autres sensations, d’aller à la recherche des difficultés, car j’aime cela. J’ai choisi comme nouveau support, pour commencer, le plexiglas (est-ce l’art de cette ville et ses vitraux qui m’ont inspirée inconsciemment ?) ; j’y ai ajouté des dentelles pour créer de la transparence, et des photographies. Une nouvelle aventure s’ouvrait devant moi. Avec ce support je me suis plongée dans l’art de Caravage et celui de Rembrandt, en particulier ses autoportraits. Durant le confinement, j’ai travaillé sur le Temps et le résultat de ce travail vient d’être exposé sous le titre Les Chemins du Temps.

Adrienne Arth article sur la série L’Aveuglement pour la revue Corridor Elephant, dans les chroniques.2020

 

Pilar du Breuil est une artiste engagée, son camp : les défavorisés comme on dit, les femmes, les exilés, les déportés, les assassinés, les disparus… Pourtant ce travail est pétri par la vie, il s’en dégage un profond humanisme et un combat, celui de ceux qui résistent.

C’est un travail où le collectif et le singulier s’attèlent ensemble à témoigner de L’« Histoire » et de la petite histoire de chacun. De l’inextricable et inexorable imbrication des deux.

L’enfermement de l’humain dans sa chair, le tragique du vivant. La brutalité du monde, du naître, de la vie, de la mort. La condition humaine, sa fatalité et cette insupportable répétition de l’« Histoire ». 

Pour autant Pilar, dans les différentes séries qu’elle aborde, ne fait pas du reportage, elle crée des oeuvres où la superposition de différents fragments photographiques voilent et dévoilent le sujet, le font cohabiter dans différents espaces de lui-même, dedans-dehors toujours mélés : peur, désir, angoisse, confrontation. Le choix d’un gris presque transparent crée une suspension et une traversée du temps, les roses, les bleus au bord de l’effacement, dans une faillite de la couleur, presque aquarellés glissent sur une chair qu’ils semblent à la fois protéger et fragiliser. Seuls des rouges éclatants et des noirs profonds viennent architecturer les plans, comme un couteau découpe la viande.

Dans sa série L’aveuglement, l’artiste nous confronte à des visages sans nom, aveuglés, des visages écrans, sans identité et les portant toutes, scarifiés par des « restes de » : photos de guerre, lambeaux d’affiches, compresses, cartes de séjour, ruines, planisphères, tableaux, photos de disparus, murs, graffitis, tissus, dentelles… On pense aux Désastres de la guerre de Goya, aux installations de Boltanski. Visages terrifiants, agonisants et pourtant vivants. 

Car ce ne sont pas, comme on pourrait le croire au prime abord, de simples masques, des supports. Dans ce qu’il reste d’eux, un nez, une bouche, quelque chose d’eux-mêmes se dit, comme si l’artiste au lieu de cacher leur individualité, la dévoilait. Qu’elle s’introduisait à l’intérieur de leur cerveau. Que ce monde qu’il nous donnent à voir est aussi leur histoire. Qu’ils participent de cette histoire. Sont-ils miroir d’eux-mêmes ou miroir du monde ? Sont-ils victimes ou sont-ils bourreaux ? Et ce qu’ils voient, est-ce le présent, le passé ou l’avenir ? 

Ce qui est sûr c’est qu’ils nous regardent, ces sans-yeux voient et nous regardent nous qui les regardons à notre tour. Et un malaise nous prend, qui parle ? Sommes-nous dedans ? Sommes-nous devant ? Qui regarde qui ? Qui est bourreau ? Qui est victime ? 

Ces visages qui projettent et nous reflètent sont nos visages. Et c’est notre Espèce qui regarde l’Espèce.

       Extrait du catalogue Venus Vesper, édité à l'occasion de l'exposition Venus Vesper, édité par la ville de Mitry-Mory. Mars 2017. Texte écrit par Marie Deparis-Yafil, commissaire d'exposition et critique d'art  "Le travail de composition photographique de Pilar du Breuil nous emmène dans un univers très particulier, dans lequel les sujets sont mis en scène et l'image minutieusement arrangée. L'artiste parvient ainsi à nous plonger à la fois dans une atmosphère presque hors du temps, et dans des sujets très contemporains.   C'est le cas ici, avec les trois oeuvres choisies, et réalisées pour l'exposition. La Féminité, le cops féminin, sont au coeur de ses travaux, qui chacun d'une manière différente, évoquent la liberté de la possession de son corps en propre. Ainsi  Le Retable des Muses qui, par son titre même, évoque une sacralisation de ce corps, rappelle aussi ces photographies érotiques anciennes. Il suggère, enfin, dans l'image de cette femme jouant avec un voile léger, l'équivoque érotique de ce corps dissimulé au regard, nourrissant fantasme et désir, la question d'une liberté aujourd'hui maltraitée. Une femme nue et un voile.   Tel est donc ensuite le sujet du deuxième montage photographique, Cachées, qui explicite plus clairement les enjeux de ce voilé-dévoilé. Pilar du Breuil semble opposer ici une vision intégriste du corps féminin, comme objet diabolique, à un féminisme, dangereusement féminin, celui de la revendication, de l'émancipation et de la liberté sexuelle, théorisées, il y a longtemps déjà, avec scandale, par Simone de Beauvoir.    Plus encore, la saisissante vidéo Délivrance, explore la souffrance et l'aliénation des femmes entravées par les burqa, hijab et autres niqab. Et, au-delà de l'oppression, de l'enfermement auxquels elles sont soumises, offre une réflexion à propos de ces centimètres de tissu qui séparent la femme voilée d'elle-même, qui protègent et/ou soustraient, dans toute l'ambivalence de sa fonction, son corps et son visage au regard des autres, régénérant dans cette dialectique pornographique du visible et de l'invisible, de la présence et de l'absence, de l'interdit et du désir, telle que nous le décrivait Gombrowicz. En choisissant pour modèle une femme au profil a priori éloigné du profil de la  femme musulmane voilée, Pilar du Breuil ouvre à un questionnement plus vaste : la dimension profondément politique du corps de la femme, à travers les violences qu'il subit, en prise aux diktats de l'imagerie féminine contemporaine. "

Ma démarche artistique

Je suis plasticienne photographe.

J’ai passé une bonne partie de mon temps à dessiner, peindre, travailler toutes sortes de matières, faire du collage et surtout travailler le bois. Faire, créer avec mes mains et mon corps était ce qui me procurait le plus de bonheur et de plaisir et, même si je souffrais, je profitais de cette souffrance pour la convertir en jouissance. La photographie faisait partie de mon travail dans la recherche de nouvelles émotions visuelles, à tel point qu’en 2007 j’ai abandonné la peinture et le bois pour me consacrer totalement à la photographie. Mes médiums et mes outils, huile ou acrylique, pinceaux et ciseaux à bois, ont été remplacés par un appareil photo et un ordinateur ! Le changement de moyens techniques n’a en aucun cas changé la direction de mon expression. Mon travail raconte mes obsessions, mes inquiétudes, ma vision de tout ce qui m’entoure.

 

Presque 20 ans de photographie plasticienne ! Certains événements qui se sont produits dans ma vie récemment ont fait que j’ai repris mes outils et mes peintures, et me voilà de nouveau à créer avec mes mains ! C’est comme si le temps s’était arrêté !

Rubrique : Peintures

Ce travail a été réalisé entre 1987 et 2007

Dans la première galerie, Divers 1987/92, figurent des œuvres qui, toutes, ont laissé une empreinte dans ma vie de plasticienne. Certaines même correspondent à un grand tournant. Je me rappelle encore parfaitement ce qui me poussait, ce que je ressentais en les réalisant, les émotions que j’éprouvais… La colère, la rage, et surtout la joie.

Les autres galeries sont divisées en séries. Chacune présente un choix d’œuvres qui, malgré les années – 14 ans me séparent de la dernière série – me donnent l’impression de n’avoir pas vieilli. Leur existence même en témoigne puisque ce sont les seules qui, outre celles qui ne m’appartiennent plus, ont été sauvées des destructions successives à chacun de mes déménagements.

En les voyant défiler je repense à tous les matériaux, toutes les matières qui sont passés entre mes mains : béton, papier, vernis, polystyrène, colle, encres, grillages, cordes, laine, radiographies, goudron, ciment, poudre de marbre, peinture, photographies – qui, au fil des années, sont devenues de plus en plus présentes –, fibre de verre, résines, etc. C’est dans les squats artistiques que je me suis lancée dans ce type de recherche. Le support, lui, était toujours le même : le bois, très souvent creusé, ce qui me permettait d’y intégrer toute sorte de produits, de pénétrer à l’intérieur. Ce bois, je l’ai gratté, poncé, découpé, lissé, cloué… Il se peut même qu’il ait reçu quelques gouttes de transpiration, et des larmes aussi ! Ajouter, enlever…

J’ai vécu des moments formidables. Ces moments-là ont fait que je suis toujours là. Quant aux autres, les mauvais, les moments de doute, de déception, de révolte, même s’ils sont plus nombreux, je ne les renie pas car ils ont fait de moi une résistante.

​Les thèmes :

Très vite j’ai éprouvé le besoin de me mesurer à des thèmes correspondant à mon questionnement sur la vie qui m’entourait. J’ai commencé par des palissades qui parlaient de la grande ville, et que je présentais à travers des performances ou des spectacles en public : Les murs de la ville

 

ART Cloche

À cette époque, je me suis impliquée socialement et politiquement dans la défense des squats artistiques. Nous étions une cinquantaine d’artistes associés pour occuper des usines ou des garages désaffectés ; une fois installés, nous prévenions les autorités qui nous permettaient d’occuper le lieu un certain temps. Ce fut une expérience riche en rencontres de toute sorte, avec des artistes venus de partout, avec des galeries, la télévision… Ce fut la rencontre d’un mécène, Éric Monti, représentant une race aujourd’hui disparue : il achetait nos œuvres, organisait pour nous des expositions. Ce fut une expérience marquée par des fêtes interminables, des échanges d’idées tous azimuts, et surtout une création sans préjugés ni limites. Mais cela a mal fini et je me suis isolée.

 

En 1989, je découvre à Colmar le Retable d’Issenheim de Grünewald, et c’est le choc. Je n’ai pas dormi durant plusieurs nuits, tentant d’imaginer comment je pourrais réaliser un retable contemporain articulé comme celui de Grünewald. Avec quel argent ? J’en ai parlé à Éric Monti, notre mécène, il a été enthousiasmé par l’idée. C’est lui qui a permis à mon rêve de devenir réalité, en le finançant et en louant un grand lieu pour le présenter avec musique, textes, lumières… Après six mois de travail, j’ai ainsi pu exposer le Retable de Paris dans d’excellentes conditions, accompagné d’une série de portraits de moines et de religieuses.

 

Dès lors, les thèmes se sont succédé ; une nouvelle étape commençait.

 

La femme prostituée : plus de cinquante tableaux où je tentais de montrer sans jugement de valeur ce qu’était pour moi « le plus vieux métier du monde », le plus vieil esclavage du monde.

Le Trottoir

 

La Condition humaine : la solitude, la souffrance, les victimes de la société sans pitié.

 

Le racisme : j’ai photographié des enfant de ma ville, ceux qui ne pouvaient pas partir en vacances, enfants d’émigrés maghrébins et africains, pour proposer avec ce matériau une réflexion sur le difficile mélange de ethnies.

 

Mujeres (Femmes) : quelle est leur place dans le monde de l’art et de la culture ? J’ai animé des conférences sur ce thème à l’occasion de deux expositions à Paris et à Barcelone.

 

Les Lieux : usines désaffectées encore pleines de la présence fantomatique des ouvriers qui y avaient travaillé pendant des années ; canal vidé de son eau et laissant apparaître toute sorte de déchets et de résidus, et des épaves de voitures et de motos.

 

Les Gares : arrivées, départs et rencontres ; valises, voies ferrées ; le train comme moyen de découverte de l’autre mais aussi de départ vers l’exil.

 

Vertiges : grands portraits avec des collages de photos, racontant les vertiges intérieurs, la peur de l’avenir…

 

Mon dernier travail plastique - "Un mot un tableau – Un tableau, un mot" - veut donner toute leur place aux mots qui, comme ils le peuvent, traduisent les émotions et les sensations qui nous accompagnent et nous habitent : Nostalgie, Mélancolie, Pessimisme, Émotion-Passion, Égocentrisme, Masochisme, Jouissance, etc.

 

C’est autour de cette série que s’est organisée ma dernière exposition, en 2007, étant plasticienne, présentant mes dix dernières années de travail, au Centre de culturel l’Embarcadère de Montceau les Mines.

 

 

Je pourrais me définir comme une exploratrice. Dessin, peinture, vernis, photographie, et le bois, bien sûr, qui m’a poussée à explorer encore plus car je pouvais y intégrer toute sorte de matériaux et me livrer à des expériences sans fin : installations, performances, etc. La photographie était présente déjà dans beaucoup de mes œuvres. J’ai toujours travaillé avec des thèmes et je continue à fonctionner de la sorte. La photographie et le traitement de celle-ci par des logiciels ont fait de moi une photographe plasticienne.

Mon déménagement à Chartres m’a donné envie de revenir aux matières, au toucher, aux pièces uniques ; envie de me renouveler, d’explorer, d’éprouver d’autres sensations, d’aller à la recherche des difficultés, car j’aime cela. J’ai choisi comme nouveau support, pour commencer, le plexiglas (est-ce l’art de cette ville et ses vitraux qui m’ont inspirée inconsciemment ?) ; j’y ai ajouté des dentelles pour créer de la transparence, et des photographies. Une nouvelle aventure s’ouvrait devant moi. Avec ce support je me suis plongée dans l’art de Caravage et celui de Rembrandt, en particulier ses autoportraits. Durant le confinement, j’ai travaillé sur le Temps et le résultat de ce travail vient d’être exposé sous le titre Les Chemins du Temps.

Adrienne Arth article sur la série L’Aveuglement pour la revue Corridor Elephant, dans les chroniques.2020

 

Pilar du Breuil est une artiste engagée, son camp : les défavorisés comme on dit, les femmes, les exilés, les déportés, les assassinés, les disparus… Pourtant ce travail est pétri par la vie, il s’en dégage un profond humanisme et un combat, celui de ceux qui résistent.

C’est un travail où le collectif et le singulier s’attèlent ensemble à témoigner de L’« Histoire » et de la petite histoire de chacun. De l’inextricable et inexorable imbrication des deux.

L’enfermement de l’humain dans sa chair, le tragique du vivant. La brutalité du monde, du naître, de la vie, de la mort. La condition humaine, sa fatalité et cette insupportable répétition de l’« Histoire ». 

Pour autant Pilar, dans les différentes séries qu’elle aborde, ne fait pas du reportage, elle crée des oeuvres où la superposition de différents fragments photographiques voilent et dévoilent le sujet, le font cohabiter dans différents espaces de lui-même, dedans-dehors toujours mélés : peur, désir, angoisse, confrontation. Le choix d’un gris presque transparent crée une suspension et une traversée du temps, les roses, les bleus au bord de l’effacement, dans une faillite de la couleur, presque aquarellés glissent sur une chair qu’ils semblent à la fois protéger et fragiliser. Seuls des rouges éclatants et des noirs profonds viennent architecturer les plans, comme un couteau découpe la viande.

Dans sa série L’aveuglement, l’artiste nous confronte à des visages sans nom, aveuglés, des visages écrans, sans identité et les portant toutes, scarifiés par des « restes de » : photos de guerre, lambeaux d’affiches, compresses, cartes de séjour, ruines, planisphères, tableaux, photos de disparus, murs, graffitis, tissus, dentelles… On pense aux Désastres de la guerre de Goya, aux installations de Boltanski. Visages terrifiants, agonisants et pourtant vivants. 

Car ce ne sont pas, comme on pourrait le croire au prime abord, de simples masques, des supports. Dans ce qu’il reste d’eux, un nez, une bouche, quelque chose d’eux-mêmes se dit, comme si l’artiste au lieu de cacher leur individualité, la dévoilait. Qu’elle s’introduisait à l’intérieur de leur cerveau. Que ce monde qu’il nous donnent à voir est aussi leur histoire. Qu’ils participent de cette histoire. Sont-ils miroir d’eux-mêmes ou miroir du monde ? Sont-ils victimes ou sont-ils bourreaux ? Et ce qu’ils voient, est-ce le présent, le passé ou l’avenir ? 

Ce qui est sûr c’est qu’ils nous regardent, ces sans-yeux voient et nous regardent nous qui les regardons à notre tour. Et un malaise nous prend, qui parle ? Sommes-nous dedans ? Sommes-nous devant ? Qui regarde qui ? Qui est bourreau ? Qui est victime ? 

Ces visages qui projettent et nous reflètent sont nos visages. Et c’est notre Espèce qui regarde l’Espèce.

       Extrait du catalogue Venus Vesper, édité à l'occasion de l'exposition Venus Vesper, édité par la ville de Mitry-Mory. Mars 2017. Texte écrit par Marie Deparis-Yafil, commissaire d'exposition et critique d'art  "Le travail de composition photographique de Pilar du Breuil nous emmène dans un univers très particulier, dans lequel les sujets sont mis en scène et l'image minutieusement arrangée. L'artiste parvient ainsi à nous plonger à la fois dans une atmosphère presque hors du temps, et dans des sujets très contemporains.   C'est le cas ici, avec les trois oeuvres choisies, et réalisées pour l'exposition. La Féminité, le cops féminin, sont au coeur de ses travaux, qui chacun d'une manière différente, évoquent la liberté de la possession de son corps en propre. Ainsi  Le Retable des Muses qui, par son titre même, évoque une sacralisation de ce corps, rappelle aussi ces photographies érotiques anciennes. Il suggère, enfin, dans l'image de cette femme jouant avec un voile léger, l'équivoque érotique de ce corps dissimulé au regard, nourrissant fantasme et désir, la question d'une liberté aujourd'hui maltraitée. Une femme nue et un voile.   Tel est donc ensuite le sujet du deuxième montage photographique, Cachées, qui explicite plus clairement les enjeux de ce voilé-dévoilé. Pilar du Breuil semble opposer ici une vision intégriste du corps féminin, comme objet diabolique, à un féminisme, dangereusement féminin, celui de la revendication, de l'émancipation et de la liberté sexuelle, théorisées, il y a longtemps déjà, avec scandale, par Simone de Beauvoir.    Plus encore, la saisissante vidéo Délivrance, explore la souffrance et l'aliénation des femmes entravées par les burqa, hijab et autres niqab. Et, au-delà de l'oppression, de l'enfermement auxquels elles sont soumises, offre une réflexion à propos de ces centimètres de tissu qui séparent la femme voilée d'elle-même, qui protègent et/ou soustraient, dans toute l'ambivalence de sa fonction, son corps et son visage au regard des autres, régénérant dans cette dialectique pornographique du visible et de l'invisible, de la présence et de l'absence, de l'interdit et du désir, telle que nous le décrivait Gombrowicz. En choisissant pour modèle une femme au profil a priori éloigné du profil de la  femme musulmane voilée, Pilar du Breuil ouvre à un questionnement plus vaste : la dimension profondément politique du corps de la femme, à travers les violences qu'il subit, en prise aux diktats de l'imagerie féminine contemporaine. " 

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